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Cette gynécologue, figure de la droite libérale et sociale, auréolée d’un engagement sans faille dans la lutte contre le sida et dans l’humanitaire, mais dont l’image a été ternie par l’affaire Matzneff, s’est éteinte lundi 26 octobre, à l’âge de 83 ans.
Médecin gynécologue, ancienne ministre de la santé de Jacques Chirac, qui s’est trouvée confrontée, au cœur des années 1980, à l’expansion dramatique de l’épidémie de sida, Michèle Barzach est morte lundi 26 octobre à Paris, a annoncé sa fille à l’Agence France-Presse. Elle avait 83 ans.
Née le 11 juillet 1943 à Casablanca dans une famille juive, Michèle Barzach se rappelait avoir eu une enfance heureuse dans un Maroc qu’elle adorait, appréciant sa diversité culturelle et sa beauté : « J’[y] ai forgé ma curiosité, ma tolérance et (…) ma tendresse pour d’autres contrées », écrivait-elle dans ses Mémoires, Le Paravent des égoïsmes (Odile Jacob, 1989). Après des études secondaires à « Casa », fascinée par son médecin de famille qui l’impressionne par son engagement professionnel, elle suit, à partir de l’âge de 17 ans, des études à la faculté de médecine de Paris. De 1970 à 1986, elle exerce comme gynécologue et psychanalyste à Paris.
Soucieuse des problèmes de santé qui touchent alors la société française, elle conclut à la nécessité d’un engagement en politique – elle restera convaincue que le ministre de la santé doit être un médecin – et prend des responsabilités dans l’appareil du RPR, le parti de Jacques Chirac, en devenant à partir de 1983 adjointe au maire du 15e arrondissement à Paris.
C’est Alain Juppé, le plus proche conseiller du maire de Paris, qui la remarque. Il la prend sous son aile et la forme. Michèle Barzach bénéficie aussi, indique alors Le Monde, du « parrainage de son ami de toujours, Jacques Toubon, secrétaire général du RPR et parrain de sa fille aînée ». Compétente et ayant son franc-parler, elle connaît une ascension rapide dans le parti de droite, dont elle devient déléguée nationale aux affaires sociales (1984-1986).
En 1986, après la victoire de la droite aux élections législatives, elle entre dans le premier gouvernement de cohabitation, dirigé par Jacques Chirac, comme ministre déléguée à la santé et à la famille. « Malgré des petites phrases parfois cinglantes (…) la nouvelle ministre fait plutôt figure de modérée », souligne Le Monde en mars 1986, qui note son opposition à la privatisation de la Sécurité sociale défendue par les tenants de la ligne libérale de l’équipe Chirac.
Le préservatif à la télévisionFace à l’épidémie de sida, en pleine expansion au début des années 1980 – le premier cas est diagnostiqué en France en 1982 et le nombre de morts augmentera jusqu’en 1994 –, Michèle Barzach favorise la diffusion du préservatif en faisant voter en 1986 une loi en ce sens qui en autorise la publicité à la télévision. Elle réussit aussi à imposer la vente libre des seringues et à limiter ainsi la progression de la maladie chez les toxicomanes. Ces actions auront pour effet, en quelques années, de limiter le taux de contamination par le VIH, mais aussi par d’autres virus comme l’hépatite C, que ce soit par voie sexuelle ou, chez les toxicomanes, par voie intraveineuse. Lors de son passage au ministère, elle sera aussi l’autrice d’une importante réforme des établissements hospitaliers.
Après la cohabitation, Michèle Barzach est, de 1989 à 1995, conseillère de Paris puis adjointe au maire de Paris, Jacques Chirac, chargée des affaires sociales et de la santé. Elle remplit ensuite différentes fonctions à l’Organisation mondiale de la santé où elle est représentante spéciale du directeur général (1999-2012). A la Banque mondiale, elle préside le comité consultatif du département santé, nutrition, population (1997-2001). Elle est aussi administratrice non exécutive du groupe pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK), dont elle préside la fondation qui soutient l’accès aux soins pour les femmes et les enfants en Afrique subsaharienne. Dans la lignée de ses engagements sociaux, elle est nommée en juin 2012 à la présidence de l’Unicef France, poste qu’elle occupe jusqu’en 2015.
Cette fin de carrière est ternie, en 2020, par l’affaire Gabriel Matzneff, du nom de l’écrivain contre lequel le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « viols commis sur mineur de 15 ans ». Michèle Barzach est entendue par les policiers de l’Office central pour la répression des violences aux personnes : en effet, rapporte alors Le Monde, « au début des années 1970, la doctoresse, en toute connaissance de cause, prescrivait la pilule à des jeunes filles mineures que Matzneff mettait dans son lit ».
Michèle Barzach en quelques dates
11 juillet 1943 Naissance à Casablanca (Maroc)
1970-1986 Gynécologue
1986-1988 Ministre chargée de la santé et de la famille
1989-1995 Adjointe au maire de Paris
2012-2015 Présidente de l’Unicef France
26 octobre 2026 Mort à Paris